L’Histoire de ma Chaussure

Peut-être est-ce un article que date un brin mais je crois qu’il est resté d’actualité et que ce journaliste nous démontre bien ce que l’on se doit de faire. Se lever et se tenir droit face à l’envahisseur. Nous sommes envahi, lésés dans nos droits et libertés et cela est fait tellement subrepticement que la majorité d’entre nous ne s’en rendent même pas compte. Il faut agir, se réveiller et mettre, à notre tour, le poing sur la table et crier bien fort; “C’est assez!”  Nous nous devons de défendre notre liberté et nous nous devons également d’éduquer nos enfants, leur montrer comment se tenir bien droit dans le maintien de leur liberté.

Je me demande ce qu’il est devenu???

J’espère que vous apprécierez cet article.

L’histoire de ma chaussure, par Muntadhar al-Zaidi

L’homme révolté. Les images du geste de Muntadhar al-Zaidi lançant ses chaussures sur George Bush ont fait le tour du monde. Et sa libération récente a été l’occasion de rappeler la notoriété qu’il a acquise ce jour-là. Mais il convient, au-delà de l’image d’Epinal d’un geste iconoclaste et sympathique, d’entendre le message d’al-Zaidi, tel qu’il l’a donné dès sa libération. Celui d’un homme bouleversé et révolté par les horreurs innombrables qui se sont abattues sur son pays, auxquelles son métier de journaliste le confrontait quotidiennement. Ces chaussures désormais célèbres ont une histoire, nous dit-il. « Savez-vous dans combien de foyers brisés par l’occupation étaient entrées ces chaussures que j’ai lancé ? Combien de fois elles avaient marché sur le sang de victimes innocentes ? » Chaque soir, al-Zaidi, se faisait le serment de venger, à sa façon, toutes les victimes de l’occupation. Et ce jour là, face à Bush, il a tenu parole.

par Muntadhar al-Zaidi, Antiwar, 17 septembre 2009 – (extrait)

Au nom de dieu, le plus gracieux et le plus miséricordieux.

Me voici libre. Mais mon pays est encore prisonnier de guerre.

Tout d’abord, j’adresse mes remerciements et mes amitiés à tous ceux qui m’ont soutenu, que ce soit dans mon pays, dans le monde islamique ou dans le monde libre. Il y eut de nombreuses discussions autour de cette action et de la personne qui l’a menée, sur le héros et l’acte héroïque, le symbole et l’acte symbolique.

A cela, je réponds simplement : Ce qui m’a imposé de faire face, c’est l’injustice qui s’est abattue sur mon peuple, la façon dont l’occupation a voulu humilier mon pays natal en le plaçant sous sa botte.

Et la façon [dont cette occupation] a voulu écraser le crâne des fils de (la patrie) sous ses bottes, qu’ils s’agissent de cheikhs, de femmes, d’enfants ou d’hommes. Au cours de ces dernières années, plus d’un million de martyrs sont tombés sous les balles de cette occupation et le pays est maintenant empli de plus de 5 millions d’orphelins, d’un million de veuves et de centaines de milliers de mutilés. Et de millions de sans-abri en raison des déplacements [de réfugiés] tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Nous étions une nation dans laquelle l’Arabe partageait son pain quotidien avec les Kurdes et les Turkmènes et les Assyriens et les Sabéens et les Yezidis. Et où les chiites priaient ensemble avec les sunnites. Où les musulmans étaient prêts à fêter avec les chrétiens la naissance du Christ, que la paix soit avec lui. Et ce, malgré le fait que nous ayons éprouvé ensemble la faim due aux sanctions [de l’ONU] pendant plus de 10 ans, pendant plus d’une décennie.

Notre patience et notre solidarité ne nous a pas fait oublier l’oppression. Jusqu’à ce que nous soyons envahis par l’illusion de la libération que certains ont entretenu. (L’occupation) a opposé le frère au frère, le voisins au voisin, et le fils à son oncle. Elle a transformé nos maisons en innombrables tentes funéraires. Et nos cimetières se sont étendus dans les parcs et en bordure des routes. C’est un fléau. C’est l’occupation qui nous tue, qui profane les lieux de culte et la sainteté de nos maisons et qui jette quotidiennement des milliers de personnes dans des prisons de fortune.

Je ne suis pas un héros, et je l’admets. Mais j’ai une opinion et je prends position. J’ai été humilié de voir mon pays humilié. Et de voir mon Bagdad brûler. Et mon peuple se faire tuer. Des milliers d’images tragiques sont restées dans ma tête, et cela me pèse chaque jour et me pousse vers le droit chemin, le chemin de la confrontation, la voie du rejet de l’injustice, du mensonge et de la duplicité. Cela m’a privé du sommeil réparateur.

Des dizaines, non, des centaines d’images des massacres, qui feraient blanchir les cheveux d’un nouveau-né, m’ont fait monter les larmes aux yeux et me blessaient. Le scandale d’Abou Ghraib. Le massacre de Fallujah, Najaf, Haditha, Sadr City, Bassora, Diyala, Mossoul, Tal Afar, et chaque parcelle de notre terre meurtrie. Durant les années passées, j’ai voyagé à travers mon pays en feu et j’ai vu de mes propres yeux la douleur des victimes, et entendu de mes propres oreilles les cris des victimes et des orphelins. Et un sentiment de honte me hantait, parce que j’étais impuissant.

Quand j’en avais fini avec mes obligations professionnelles, consistant à rendre compte des drames quotidiens des Irakiens, et tandis que je lavais les restes des débris des maisons irakiennes en ruines ou les traces du sang des victimes qui maculaient mes vêtements, je serrais les dents et faisais une promesse à nos victimes, un serment de vengeance.

L’occasion s’est présentée, et je l’ai saisie.

Je l’ai saisie par loyauté envers chaque goutte de sang innocent qui a été versé par l’occupation ou à cause d’elle, chaque cri d’une mère en deuil, chaque gémissement d’un orphelin, la douleur d’une victime de viol, la larme d’un orphelin.

A ceux qui me font des reproches, je dis : Savez-vous dans combien de foyers brisés par l’occupation ces chaussures que j’ai jeté étaient entrées ? Combien de fois elles avaient marché sur le sang des victimes innocentes ? Et combien de fois elles étaient entrées dans des maisons dans lesquelles avaient été bafouées de libres femmes irakiennes et le respect qu’on leur doit ? Cette chaussure était peut-être la réponse appropriée lorsque toutes les valeurs ont été violées.

Lorsque j’ai lancé ma chaussure sur le visage du criminel Bush, je voulais exprimer mon rejet de ses mensonges, de son occupation de mon pays, mon rejet de la mise à mort de mon peuple. Mon rejet de son pillage des richesses de mon pays, de la destruction de son infrastructure et de la transformation de ses fils en une diaspora.

Après six années d’humiliation, d’indignité, de tueries et de violations des choses sacrées, et de profanation de lieux de culte, le tueur venait se vanter, se vanter de la victoire et de la démocratie. Il était venu dire adieu à ses victimes et attendait des fleurs en réponse.

Pour le dire simplement, ce fut ma fleur offerte à l’occupant, et à tous ceux qui sont en connivence avec lui, soit en diffusant des mensonges soit par leurs actes, avant l’occupation ou après.

J’ai voulu défendre l’honneur de ma profession et du patriotisme qui a été bafoué depuis le jour où le pays a été violé et que son honneur a été perdu.

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